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#4 - Symphonie

#4 - Symphonie

C'est la semaine 3 du challenge, on s'accroche et c'est parti. Pour cette semaine, le menu proposé était : Thème 1 : Symphonie Thème 2 : Homme invisible, pour qui chantes-tu ? Thème 3 : 🏈·🪙·🐸·🖌Contrainte : Uniquement des dialogues J'ai pris le thème 1 parce que les autres ne me parlaient pas de fou. La contrainte c'est complicado, mais c'est cool ça m'a obligé à tordre un peu comment je racontais mon truc. Musique d'ambiance : Merry-Go-Round of Life – Joe Hisashi #4 - Symphonie — Et voilà, tout ça fait qu’en ce moment, bah je me fais un peu chier dans ma vie quoi. J’ai l’impression de tourner en rond dans mon bocal, que tous les jours se ressemblent et de voir encore et encore les mêmes paysages. J’ai même plus cette petite étincelle le matin quand je me réveille, se plaignit Maxence. — Tant que ça ? Pourtant avec Lucille ça se passe bien, non ? — Ouais, ça se passe au top même. On va acheter ensemble d’ailleurs, je sais plus si je t’ai dit. On a signé pour un appart sympa vers le canal Saint-Martin. Elle va pouvoir aller claquer le compte joint dans des concept stores et nous ramener des vases moches et des bougies avec des descriptions mystiques genre “linge propre”. Je suis aux anges, répondit-il en riant. — Et toi tu vas t’empresser de claquer le reste dans les bars au moindre match de foot, lui répondit Sébastien. Du coup ça va, tu peux pas t’en plaindre. — Le foot j’y vais plus trop depuis qu’on est à Paris. J’ai plus le temps, en fait. Entre le boulot, le métro et le temps que je veux passer avec Lucille, je galère un peu à ranger les potes là-dedans. — Vous voulez reprendre quelque chose ? demanda un serveur. — Euh... ouais, deux pintes s’il te plaît, la même, et un bol de frites, répondit machinalement Maxence. T’as encore un peu de temps hein ? C’est ma tournée. — Je suis pas pressé t’inquiète, indiqua Sébastien. — Je vous amène ça tout de suite. — Mais du coup c’est peut-être pour ça que tu te fais chier, non ? J’en sais rien, ça me paraît chelou que tu laisses tomber le foot comme ça alors que ça fait 10 ans que t’essaye de me traîner au bar un soir de match, continua-t-il. Ça te manque même pas un petit peu ? — Ouais mais mec, si je vais au match, je la laisse toute seule à l’appart. C’est nul pour elle. — Arrête-toi un peu oh, c’est une grande hein. Elle sait s’occuper toute seule. Ça se trouve, elle aussi elle a envie d’avoir des soirées pour elle. C’est hyper important d’avoir son temps pour soi, sinon tu ne vis que pour les autres. — Ah ça y est, c’est la pinte de trop pour le Seb et il repart dans ses grands discours, ironisa Maxence en levant les mains. Je devrais peut-être annuler la commande avant que tu me psychanalyse. — Non mais Max, écoute ! T’as déjà vu un orchestre jouer une symphonie ? C’est ouf la puissance que ça dégage. La vie c’est pareil, frère. C’est comme ton petit orchestre à toi, qui joue ta propre symphonie. Au début, il n’y a que ta famille sur scène parce que t’es un bébé amorphe qui ne peux pas survivre sans eux. Tes parents, ta fratrie, ils ont le rôle des premiers violons. Et puis après tu grandis, tu vas à l’école, tu rencontres des potes. Tu découvres l’amitié, tu les à côté de tes violons, peut-être dans les bois. Un groupe d’altos de l’école primaire, un violoncelle que t’as rencontré au collège et qui est resté en contact. — Les deux pintes pour les messieurs, et les frites. — Merci, et du coup je disais, tu rajoutes tes instruments petit à petit. — Ouais ça j’avais compris, j’attends de voir où tu veux en venir. — Tes potes du foot, c’est les cuivres vu le boucan qu’ils font. Je te jure quand ils sont là, on est au courant, continua Sébastien en riant. Mais c’est important, ils rajoutent du corps au reste de la musique. — Puchin elles chont dégjeulach les fchitch, coupa Maxence. — Parle pas la bouche pleine, gros porc va. — Je disais, putain elles sont dégueulasses les frites. Fades et molles. — Ah, bon. Bref et après t’y rajoute des percussions. Des potes avec qui tu sors et tu fais la fête. Moi peut-être. Tu me vois plutôt grosse caisse ou cymbale ? Non, tu sais quoi en fait ne répond pas. C’est les instruments qui te secouent un peu la cage thoracique et qui te font vibrer. Dans un moment d’égarement tu vas peut-être rajouter un triangle, qui viendra jouer sa note de temps à autre. Pas indispensable, mais pas non plus sans intérêt. Juste un peu chiant quoi. — C’est marrant, Lulu je la vois pas dans ce genre d’instruments. Peut-être un piano, repris Maxence. — Ouais voilà ! Le piano ça va à côté des violons, et il joue quasiment tout le temps. Il est présent tout le long de ta symphonie. Tu vois comment ça fonctionne, une symphonie ? Je te la fais courte, parce qu’on s’en fout un peu, mais en gros il y a des mouvements. C’est un peu comme les chapitres d’un gros bouquin. — Excusez-moi les garçons, vous avez un briquet ? interrompit une jeune femme à la table voisine. — Non désolé meuf, j’ai arrêté, répondit Sébastien. — Je crois que la dernière fois que j’ai lu un livre, ça remonte au lycée, les vieux trucs pour le bac de Français. — Ok, euh, mauvaise analogie du coup. Vois plutôt ça comme des épisodes d’une série. Un coup, c’est le tour des violons de faire un solo. Le coup d’après, ils sont accompagnés des bois. Et le mouvement d’après sera plutôt dirigé par les percussions, et les cuivres se joindront plus tard. Ou l’inverse, c’est pas important. Il y a tout un rythme, plein de nuances. Des temps calmes, des moments plus intenses. Des instruments qui jouent ensemble pendant un temps, puis ils se fondent dans le décor et disparaissent un peu de ta vie. Peut-être qu’ils reviendront plus tard, peut-être pas. — Et des fois c’est mon anniversaire, et tous les instruments jouent en même temps. Sauf le triangle, parce que ça aurait été trop bizarre de la présenter au reste. T’es sûr que c’est vraiment de la bière dans ces verres ? — En général c’est plutôt le grand final où tout le monde joue en même temps, mais fait les choses à ta sauce. Tout ça pour dire que c’est à toi de le construire ton orchestre. C’est à toi de rédiger ta propre symphonie, continua Sébastien. — Et je suis qui là-dedans ? — En théorie, le chef d’orchestre. Là, j’ai plutôt l’impression que t’es devenu un spectateur et que tu te contentes de regarder ta vie t’arriver. Tu t’es perdu dans les symphonies des autres. Tu veux être là pour eux, mais t’oublie d’être là pour toi. Si tu te fais chier, peut-être qu’il manque un truc dans ta musique. Une symphonie, c’est un ensemble de voix. Peut-être que le mouvement actuel dure depuis trop longtemps, ou alors qu’il ne sonne plus très juste. Si c’est dissonant pour toi c’est parce que tu dois probablement virer une clarinette. Ou rajouter un hautbois. Ou que le gong, c’était superflu et c’est beaucoup trop fort. C’est dommage, ça fait longtemps que les cuivres sont sur scène en silence. Reprends ta place sur la scène mon gâté, et s’il n’y a plus de place pour toi, crée-la. Pousse les autres. C’est ta scène, ton orchestre, et ta symphonie. Vis au rythme de ton propre tambour. — Mais je crois que ma vie elle est bien comme ça, vraiment. J’ai mon taf, ma meuf. C’est confort. Je vois la vie des autres, franchement ça me fais pas envie, tu sais ? Même la tienne en vrai, t’es toujours en train de courir à gauche à droite, t’as pas de racines. A moitié dans la galère. No offense hein, mais moi je peux pas. J’ai besoin de stabilité. — Ouais mais c’est ma vie à moi ça, et elle me convient. J’aime bien vivre chaque jour comme il vient. Peut-être que demain je vais pouvoir jouer un concert dans un bar miteux, et je vais récupérer cent balles. Peut-être pas, et je vais bouffer des pâtes pour attendre la prochaine rentrée d’argent. C’est pas pour tout le monde, mais moi ça me convient. J’ai mon temps pour moi, du temps pour les potes, je respire. Plus que ça même, je vibre. — Peut-être. Faut que j’y réfléchisse je crois, mais c’est pas complètement perché ce que tu dis. Faudrait que j’en parle avec Lucille, je me demande si elle se sent étouffer aussi mais qu’elle n’ose pas m’en parler. T’en prendra une autre ? — Ce serait mal me connaître de penser que je refuserai, mon Maxou. Allez souris un peu, la vie est belle mec.