Horreur
- 18 Apr, 2026
#1 - Le monstre sous le lit
Pour un premier essai je me suis un peu laissé allé à l'instinct sans trop réfléchir à la forme, ou trop me mettre la pression sur ... quoi que ce soit à vrai dire. L'idée c'était surtout de me jeter dans le bain et d'essayer d'écrire. Forcément, je ne suis pas entièrement satisfait du résultat mais bon il faut bien commencer quelque part. #1 - Le monstre sous le lit — Tu peux me raconter une histoire avant le dodo ?  — Mon chéri... tu es un grand maintenant, il faut que tu apprennes à t’endormir tout seul. Tu peux te raconter une histoire dans ta tête, si ça t’aide !  Se penchant en avant, elle écarte la mèche qui lui recouvre le front d’une main douce et y dépose un baiser chaleureux.  — Bonne nuit mon chaton.  — Bonne nuit Maman.  Il la regarde sortir de la chambre et fermer la porte derrière elle. C’est bizarre, il ne sent pas grand du tout malgré ce qu’elle lui dit. Pour Colin, être grand c’est avoir 10 ans, minimum. Pas 8. La chambre est silencieuse, il entend au loin les pas de ses parents dans le couloir. Ils se lavent probablement les dents avant d’aller eux aussi se coucher.  Une petite veilleuse en forme de super-héros émet une aura lumineuse dans un coin de sa chambre, même s’il n’en a plus besoin depuis quelques temps. Il n’a pas peur du noir, il n’a peur de rien. Peut-être que c’est ça être un grand aussi, ne pas avoir peur des histoires pour bébé. Le monstre qui se cache dans le placard, ou le fantôme qui traverse les murs. N’importe quoi.  Il se retourne dans son lit, observe la petite figurine de Spiderman qui se tient fièrement sur sa table de chevet. Est-ce qu’il devrait se raconter une histoire pour trouver le sommeil ? Une histoire qui parle de quoi ? L’inspiration ne vient pas, et il fixe le plafond où scintillent des petites étoiles phosphorescentes, disséminées telles une constellation.  Un petit crissement arrive à ses oreilles, comme si quelqu’un traînait quelque chose sur la moquette. Une petite voiture peut-être ? Un autre crissement. Il a l’impression que ça vient de sous le lit.  — Croquette c’est toi ?  Pas de réponse. Même pas un petit ronronnement ou un miaulement. Il se redresse et s’approche du bord du lit, se penche en avant, la tête à l’envers. Sa housse de couette est trop grande, elle tombe du lit jusqu’au sol. Il la soulève doucement.  Sous le lit, on dirait un trou noir. La lumière de la veilleuse n’atteint pas ces contrées reculées, habituellement peuplées de moutons de poussière et de jouets rangés à la va-vite. Colin balade son regard dans la noirceur, mais n’arrive pas distinguer quoi que ce soit. Même pas la petite voiture qu’il a cachée là quand Maman lui a demandé de ranger sa chambre.  A mesure que ses yeux s’habituent à l’obscurité, il commence à distinguer une forme, immobile. Deux petits cercles luisants le fixent.  — Tu n’es pas Croquette.  — Tu n’as pas peur de moi ?  — Je n’ai peur de rien. Tu es qui ? Et pourquoi tu es dans ma chambre ? Je n’ai pas le droit d’avoir d’invités surprises.  — J’habite ici, sous ton lit. Maman ne te raconte pas d’histoire pour t’endormir cette fois ? J’aime bien le son de sa voix.  — Non, elle dit que je dois être un grand maintenant. Fini les histoires. Tu sais les raconter, toi ?  — Je ne connais pas d’histoires. En fait, je ne connais pas grand-chose de ton monde à part cet espace sous ton lit.  — Tu ne vas pas à l’école la journée ?  — Non... Tu sais, pour les monstres comme moi, la journée c’est le moment où on dort. Je vis la nuit, quand il fait sombre et que les petits garçons dorment. Ma maison, c’est dans le noir.  — Je peux mettre la lumière ? Je veux voir à quoi tu ressembles.  — Je disparais dans la lumière, mais regarde, dans le noir je peux prendre la forme que je veux.  Une ombre s’allonge depuis l’obscurité, et un petit tentacule dépasse du lit.  — Pierre, feuille... ciseaux !  Par réflexe, Colin tend sa main en mimant une feuille. Une petite main apparaît au bout du tentacule, mimant des ciseaux.  — Perdu !  — Tu triches ! Tu as fait les ciseaux en retard !  Le tentacule se rétracte, et disparaît à nouveau sous le lit.  — Ils sont nuls, vos jeux d’humains. Ok, pour cette fois on dira que c’était pour du beurre. On rejouera demain, si tu veux. Mais si tu perds, je te mange.  — Je pense que je ne suis pas très bon. Dis, tu voudrais qu’on soit amis tous les deux, plutôt ? Je n’ai pas trop de copains à l’école, les autres ils disent que je suis bizarre.  Le monstre ne répond pas, le silence flotte quelques instants.  — Eh oh je te cause.  Pas de réponse  — Bon... Je vais essayer de dormir. Au fait moi c’est Colin. Bonne nuit.  L’enfant se redresse et se remet dans son lit. Il aime bien dormir sur le côté, en formant une petite boule. Il serre ses genoux contre son torse. Le tentacule réémerge du lit. Il s’approche doucement du dos de l’enfant et semble hésiter un instant. Après quelques secondes, la forme s’affine et une petite main apparaît au bout de l’appendice. Elle se dépose sur le dos de Colin, et le caresse doucement. C’est froid, très froid.  Le lendemain, après une éreintante journée à apprendre à ranger des nombres en ordre croissant, Colin se jette dans son lit avec une excitation naissante mais peu propice au sommeil.  — Bonne nuit mon chéri.  — Bonne nuit Maman.  Il attend quelques minutes, pour être sûr que la voie soit libre et que les parents soient dans leur chambre, avant de se pencher à nouveau par-dessus son lit. Il n’a pas peur. Il n’a peur de rien.  — Eh t’es là ?  Deux petits yeux apparaissent dans la noirceur.  — Salut Colin.  — On ne dit pas salut, c’est la nuit donc on dit bonsoir. Ça me fait plaisir de te revoir. Eh, tu ne m’as pas dit comment tu t’appelles ?  — Je n’ai pas de nom. Je suis qui je suis. Pierre, feuille, ciseaux !  Colin tend son poing, pour mimer la pierre. Le monstre sort un tentacule et mime à nouveau le ciseau.  — J’ai gagné ! Tu ne manges pas ce soir non plus. Je vais te trouver un nom sympa. Comme un surnom. C’est ce qu’on donne à nos amis, non ?  — Comme tu veux. Mais d’abord, parle-moi de ta journée, je veux savoir ce que tu fais quand tu n’es pas ici.  — Il n’y a pas grand-chose à raconter... Aujourd’hui il y avait école, c’était comme d’habitude. On fait des mathématiques en ce moment, je m’ennuie beaucoup, donc je ne suis pas très concentré et je fais des bêtises. Marie de ma classe, elle dit que c’est parce que je suis un débile. Elle est méchante. Moi je ne la crois pas, et Maman me dit qu’elle dit ça parce qu’elle est jalouse. C’est juste que c’est trop facile, et je préférerais faire autre chose.  — C’est dommage que je sois coincé ici, j’aimerai bien aller à l’école avec toi. On pourrait jouer un mauvais tour à Marie pour te venger.  Une petite vague de chaleur vient serrer le cœur de Colin. Est-ce qu’il s’est enfin trouvé un ami ?  — Dis Colin, j’ai super faim. Est-ce que tu as des choses à manger dans ta chambre ?  — Non, Maman ne veut pas que je grignote le soir. Mais je sais où elle cache les goûters dans la cuisine. Je peux aller nous chercher des barres chocolatées si tu veux ?  Sans attendre de réponse, Colin saute du lit et se dirige vers la porte de sa chambre. La cuisine est au rez-de-chaussée, à l’autre bout de la maison. Il colle son oreille contre la porte, pas de bruits. La voie est libre. Il tourne délicatement la poignée de la porte, l’ouvre et se glisse dans le couloir. Croquette se glisse entre ses jambes et se faufile dans la chambre.  — Psst eh Croquette tu n’as pas le droit d’être dans ma chambre la nuit !  Le chat ne montre pas d’intérêt aux protestations de Colin. Il n’écoute jamais rien de toute façon. Pas le temps de s’en occuper, l’important est d’aller chercher des barres chocolatées. Il se faufile dans le couloir, jusqu’aux escaliers. Il compte les marches, enjambe la 4ème et la 9ème parce qu’elles grincent. Il s’imagine être comme les agents secrets qu’il voit parfois dans les dessins animés. Une mission capitale, dérober un goûter dans la cuisine sans alerter les gardes. Arrivé au rez-de-chaussée, il tend l’oreille et entend la télé, dans le salon. Ses parents ne sont pas couchés alors qu’il est déjà 21 heures ! Ils seront bien fatigués demain. Mais ce n’est pas son problème. Un long couloir traverse la maison, reliant les différentes pièces. La cuisine et le salon en sont de part et d’autre, il devrait pouvoir se faufiler sans se faire attraper.   Arrivé devant la porte du salon, il colle son oreille pour espionner la conversation de ses parents. Un bon agent secret doit savoir ce que disent les gardes.  — Tu as eu une réponse de Camille et Jacques ?  — Oui, ils arrivent samedi soir et passeront la nuit ici. Ils m’ont demandé si c’était une bonne idée que Paul dorme avec Colin. J’ai répondu que oui, je pense qu’ils peuvent passer une nuit dans la même chambre, non ?  — Je ne sais pas. Je crois qu’ils ne s’entendent pas très bien. En fait, je crois que Colin ne s’entend pas très bien avec les enfants... Tu sais, je m’inquiète beaucoup pour lui. Aujourd’hui encore, sa maîtresse m’a dit qu’il a passé la récréation tout seul dans un coin de la cour à écraser des fourmis avec ses doigts. Parfois je me demande si... S’il n’y a pas quelque chose qui cloche. L’autre jour, je l’ai vu marcher volontairement sur la queue du chat...  — Est-ce que c’est grave ? C’est un gamin. Un gamin, c’est cruel parce que ça n’a pas encore développé l’empathie. Ça lui passera va. Et au pire, il fera partie de ces gens... différents.  Colin recule d’un pas. Différent ? Pourquoi Papa disait-il ça comme si c’était grave ? On aurait dit que c’était un problème. Pourtant, ses parents n’ont de cesse de lui dire qu’il est unique, et que ce sera sa plus grande force quand il sera grand.  Peu importe, il a une mission à accomplir, et l’avis de ses parents l’importe peu. Il se retourne, se glisse dans la cuisine et attrape de quoi grignoter. Une barre chocolatée aux noisettes, et une autre au chocolat blanc. Il retrace ses pas, remonte jusqu’à sa chambre. Il prend soin de sauter les marches qui grincent, la 7ème et la 12ème dans ce sens. C’est facile les maths.  Revenu dans sa chambre, il ferme doucement la porte. En balayant la pièce du regard, il ne voit pas de signe de Croquette. Le chat a dû sortir de lui-même pendant la mission de Colin.  — Je t’ai ramené deux barres, parce que tu ne m’as pas dit ce que tu préfères. Il y en a une aux noisettes, et l’autre est au chocolat blanc. Tu veux laquelle ?  — C’est laquelle ta préférée ?  — Aux noisettes.  — Je vais prendre le chocolat blanc, alors.  Colin se penche, soulève la couette et jette la barre chocolatée sous le lit. Elle tombe sur la moquette avec un bruit étrange. Comme si elle était tombée dans une petite flaque. On aurait dit les bruits que font les ventouses dans les dessins-animés. Il tend le bras et pose son doigt sur la moquette. Le sol est mouillé, c’est collant. Et c’est chaud.  — Berk c’est quoi ? Tu as fait pipi ? Ne fais pas pipi par terre s’il te plaît.  — Non j’ai... j’ai éternué pardon. Je suis malade, j’ai un rhume. Merci pour le goûter.  — J’ai des mouchoirs si tu veux.  Attrapant la boîte de mouchoirs, il en attrape quelques-uns et éponge le sol. Il n’arrive pas bien à distinguer ce qu’il fait, dans le noir, mais les mouchoirs reviennent bizarrement sombres. Une vague odeur de fer arrive à ses narines, on dirait l’odeur des pièces de 5 centimes. Il lèche son doigt. Ça a aussi le goût des pièces de 5 centimes.  — Désolé, je vais nettoyer ça pendant la nuit, ne t’inquiète pas.  — Ok... Ah j’ai entendu mes parents parler de ce week-end. Ils ont des amis qui viennent dormir à la maison. Ils ont un enfant qui est un peu plus grand que moi. Apparemment, il va encore dormir dans ma chambre.  — C’est un ami ?  — Non. Je le déteste. Il est toujours méchant avec moi. Mais je t’en parle, parce qu’il a déjà dormi dans ma chambre quelques autres fois. Il sera sur un matelas par terre, à côté du lit. A côté de toi. Je ne pourrais pas te parler ce soir-là. Je ne veux pas qu’il sache que tu existes, sinon il va encore se moquer de moi. Ok ?  — Je comprends... Et tu m’as trouvé un nom ?  — T’en pense quoi de Miles ? C’est un peu comme le slime, mais j’ai changé l’ordre des lettres. Parce que tu es un peu tout visqueux comme le slime, et tu peux te déformer dans tous les sens. Et c’est aussi comme Miles Morales, tu sais c’est le Spiderman avec une tenue noire. Comme toi, tu es tout noir.  — J’aime bien. Merci, Colin.  — C’est ça ta chambre ? Elle n'a pas changé depuis la dernière fois.  Paul est allongé sur son matelas, collé au lit de Colin.  — Et c’est quoi ces étoiles au plafond ? C’est un truc de bébé ça. T’es encore un bébé ?  — Je les aime bien, ça me rappelle l’espace.  — Mouais, moi je crois surtout que t’es qu’un bébé qui a peur du noir, et que t’as besoin de lumière pour dormir. Tu as même une veilleuse !  — Je m’en fiche de ce que tu penses de ma chambre. Au moins, moi, j’ai pas un gros appareil en métal sur mes dents.  — T’en aura un quand tu seras un grand comme moi, tu verras. Au collège, tout le monde en a aussi. J’ai juste eu le mien un peu plus tôt parce que je grandis super vite.  Colin se retourne dans son lit, tournant le dos à Paul. Il n’a pas envie de lui parler. C’est un garçon méchant. Il aurait aimé discuter avec Miles, lui raconter sa journée au parc, lui demander s’il n’avait pas vu le chat aujourd’hui. Mais à la place, il était coincé avec Paul.  — J’ai entendu tes parents dire que ton chat avait disparu.  — Ils m’ont dit qu’il était sûrement parti se promener dans la ville. Il reviendra bientôt.  — Moi j’ai un copain qui avait eu la même histoire. Le chat avait disparu de la maison, et en fait ils l’ont retrouvé tout écrabouillé dans la rue. Une voiture, sûrement, ils ont dit. Peut-être que ce sera pareil pour le tien.  — Tu dis n’importe quoi. Tais-toi. Je veux dormir.  Un long silence s’installa dans la chambre. Colin n’arrive pas à trouver le sommeil. Il regarde son réveil de temps en temps. Les chiffres défilent, et il est bientôt minuit. En se penchant, il regarde Paul dormir, les yeux fermés. Sa respiration est lente. Peut-être que c’est sa chance pour parler un peu avec Miles. S’il chuchote, ça ne devrait pas réveiller Paul.  Colin se retourne de l’autre côté de son lit, et soulève doucement la couette.  — Eh psst, Miles t’es là ?  Il aperçoit la barre de chocolat blanc, intacte. Il tend doucement la main et touche la moquette. Elle est sèche.  — Coucou Colin. N’écoute pas ce garçon. Il est méchant, il veut juste te rabaisser pour se sentir supérieur. Moi je trouve que ta veilleuse, elle est cool.  — Merci... Dis, tu n'as pas mangé ta barre de chocolat ?  En guise de réponse, le silence. Colin jette un coup d’œil à Paul, qui ne bouge toujours pas.  — Tu as entendu ce qu’il a dit à propos de Croquette ? Je pense que personne n’a compris.  — Compris quoi ?  — Je sais ce que tu as fait Miles. Je ne suis pas bête. Mais ne t’inquiète pas, je ne suis pas fâché contre toi. Croquette, il était méchant. Comme Paul. Comme tous les autres.  Miles ne répond pas. Colin le regarde gigoter sous le lit, est-ce que c’est ça, un monstre agité ?  — Dis, tu veux te venger de Paul ?  — Me venger ?  — Tu ne devrais pas te laisser insulter comme ça Colin. Les grands garçons, ça se bagarre. Ça montre qui est le plus fort. Tu veux ?  — Je ne sais pas. Je ne suis pas très fort, si je me bagarre avec lui, je vais sûrement perdre.  — Mais moi je suis très fort, moi je peux lui montrer.  — Tu es sûr ? Je ne veux pas me faire gronder par mes parents. Ou par les siens d’ailleurs.  — Ne t’inquiète pas, fais-moi confiance Colin.  — Ok.  Il se redresse sur son lit. Se retourne. Regarde son tourmenteur qui dort paisiblement. Une ombre sort petit à petit du lit. Un tentacule noir se glisse sur le corps de l’enfant.  Une petite main se forme au bout, s’allonge doucement jusqu’au visage de Paul. Elle se plaque sur sa bouche, et des filaments noirs émergent de toute part pour enserrer sa tête. L’enfant se réveille d’un coup, regarde autour de lui avec des yeux écarquillés mais déjà un autre tentacule attrape ses jambes et le tire sous le lit.  Par réflexe, il attrape le rebord avec les deux mains et s’agrippe tant bien que mal, s’empêchant de glisser complètement sous le lit. Il tremble, et son regard tombe sur celui de Colin, qui le guette en silence.  Il l’observe. Est-ce que c’était pareil pour Croquette ? Il l’imagine fêler comme il le faisait si souvent. Mais le chat ne l’avait pas volé. S’il ne voulait pas que ça se finisse comme ça, il n’avait qu’à pas griffer Colin. Ni le mordre. Pareil pour Paul. Au fond, il se disait que c’était bien mérité. Bien fait.  — Pourquoi tu fais les grands yeux comme ça ? Tu as peur ? C’est un truc de bébé, d’avoir peur, non ?  Un petit gémissement étouffé s’évanoui dans la chambre, des larmes coulent des yeux de l’enfant qui se tient agrippé tant bien que mal au bord du lit. Ses pupilles se rétrécissent, et des bruits étouffés s’échappent de sa gorge.  Colin s’approche, fit mine de tendre les mains vers celles de Paul. Ses phalanges s’agrippent au bord du lit. Crispées, ses mains virent au blanc.  D’une pichenette, Colin tape les doigts de Paul. Il les décroche un par un du bord. Sa victime perdant prise, il la regarde glisser sous le lit en silence.  Des bruits dégoûtants parviennent à ses oreilles. Ça craque, mais en même temps c’est visqueux. Il se demande si sa moquette va être tâchée. Il n’entend plus les gémissements étouffés de Paul, mais il espère que les parents ne vont pas entendre les bruits de mastication qui émanent de sous le lit.  Et puis, après quelques minutes, plus de bruit.  — Voilà, il ne t’embêtera plus.  — Merci Miles. Au moins, toi tu es sympa avec moi.  — Tu veux goûter ?  Un petit tentacule sort du lit, portant une petite masse sombre. Il la tend vers Colin, qui la prend entre ses doigts. C’est chaud, c’est mouillé. Il la sent. On dirait l’odeur de la viande hachée quand Maman cuisine.  — C’est de la cuisse je crois.  Colin regarde la petite boulette avec curiosité. Il la met dans sa bouche.  — Berk c’est pas bon du tout.  — Tu verras, tu vas apprendre à aimer.