#13 - Remix
- 14 Jun, 2026
Troisième et dernier exercice du stage !
On part sur quelque chose de complètement différent, avec une approche centrée sur la reprise et la reinterprétation des textes d’autrui (en l’occurence les petits camarades de classe pour le stage).
On voulait travailler sur le pastiche, à partir d’une scène banale et toute simple, remixée en quelque chose d’autre. Pas vraiment de limites sur le genre de remix, l’image proposée était “On prend un scénar, on le donne à 5 réalisateurs et ils vont nous sortir 5 films différents”.
Pas non plus de consigne stricte pour les propositions initiales, si ce n’est une scène de rue qui se passe à Lyon ou Marseille.
Le temps imparti était un peu plus découpé, 10 minutes pour sortir notre proposition initiale qui sera reprise par les autres. Puis 30 minutes pour réinterpréter leurs propositions. Ci-dessous, toutes les propositions avec mes remix, et ma proposition (du coup je me suis pas auto remixé, vous avez capté).
#13 - Remix
Ma proposition
Catastrophe sur les quais du Rhône dans une terrasse de péniche bondée. L’affaire s’est passée en plein Happy Hour, un vendredi soir. Les tables sont remplies autant de groupes d’amis que de collègues en afterwork qui partagent un verre frais dans la chaleur étouffante du début de l’été, à l’abri du soleil sous les parasols qui recouvrent la berge. Une serveuse sort de la péniche, un lourd plateau au bout des doigts qu’elle a calé sur son épaule, amenant une dizaines de pintes. La laisse d’un chien surexcité à la vue d’un autre animal se décroche, mal attachée à la chaise de sa maîtresse. Il se faufile entre les tables, zigzagant à travers la clientèle puis passe entre les jambes de la serveuse qui trébuche. Les verres s’éclatent au sol, le service prendra du retard.
Proposition de Marion
Place Antonin Poncet le 21 Juin 2025, 16h40 à l’arrêt du C9, devant l’immense bâtiment de La Poste. J’attends le bus direction Hôpitaux Est, comme une douzaine d’autres personnes. Je me tiens debout, un peu en retrait par rapport au bord du trottoir. A ma droite, un monsieur d’une quarantaine d’années, il regarde devant lui. Subitement, devant nous, un monsieur d’une trentaine d’années se met à faire un mouvement de balancier engageant tout son corps de gauche à droite, ses jambes qui montent successivement à l’horizontale, tendues, donnant l’élan. On dirait un métronome. Le monsieur à ma droite me jette un coup d’oeil. Oui, il a bien vu comme moi. On éclate de rire.
Remix de pamdeterre
Observation #2975
Lieu : Place Antonin Poncet, 69002 Lyon
Date et Heure du fait : 21 Juin 2025. 16h40.
Elements notables : Bus C9 en retard. 13ème jour consécutif. 12 passagers en attente. Affluence usuelle. Âges variés, moyenne 35.
Comportement étrange : Un individu se balance de gauche à droite. Alternance de montées de jambes latérales.
Conséquence notée : Pas d’inconfort physique sur les autres passants. Deux individus pris de rires.
Criticité : Négligeable.
Affaire classée.
Proposition de Gaël
Nous sommes chez nous. Lea prépare le dîner et je suis affalé dans le canapé. J’entends un tour de clef dans la serrure de notre appartement. Ni une ni deux, je m’approche de l’entrée et vois disparaître un homme descendant les escaliers. Très surpris, je décide de le rattraper. Dans la rue, je le vois et lui attrape le bras. Mauvaise pioche, il n’y avait rien dans cette manche. Je lui saisi donc la 2ème et découvre un trousseau de clef. Le chenapan tentait donc de nous voler. La police arrive. Demain, Le Progrès titrera “Le manchot à la fausse clé, au bras mangé par un lyon de cirque. 6 mois fermes”.
Remix de pamdeterre
Je m’affaire aux fourneaux, jongleant entre les légumes qui se trémoussent dans le wok et les nouilles qui dansent dans la casserolle bouillante. Derrière moi, Jérôme est allongé sur le canapé, plongé dans son téléphone. Le son assourdissant de la hotte coupe la cuisine du reste de l’appartement.
D’une main, je secoue le manche et les morceaux de courgettes font un saut périlleux avant de retomber dans la sauce.
— Chéri, tu penses que ça va suffire ? Tu veux que je fasse des oeufs brouillés en plus ?
Il ne me répond pas. Je me retourne, et j’ai à peine le temps de le voir sortir de l’appartement à toute vitesse, sans prendre le temps d’enfiler son manteau. Bizarre, ça.
Moins d’une minute après, je l’entends crier dans la rue en contrebas.
— Reviens là !
Je me penche à la fenêtre et l’aperçoit attraper le bras d’un homme qui s’enfuie en courant. Puis l’autre. Il lui arrache quelque chose de la main.
Le dîner est prêt, j’espère qu’il ne va pas trop tarder.
Proposition de Sandrine
Aujourd’hui, la vie de Mélanie est un peu chamboulée. Il y a grève de cantine à la maternelle. Donc elle a dû prendre sa journée en télétravail, pour pouvoir faire l’aller retour à l’école le midi. Bien sûr, Arthur lui ne pouvait pas, car lui avait une réunion importante, lui. Sans compter que lui la veille au soir, il avait escalade et s’était couché tardivement et fourbu. Comme d’habitude elle n’a rien dit, si ce n’est “je vais m’arranger” et pas sûr qu’il ait remarqué qu’elle n’avait pas ajouté “mon amour” pour une fois. Mais son n+1 Niccolo a tilté quand elle lui a fait sa demande de jour télétravaillé. Il a ajouté avec un sourire qui reluquait son chemisier “comment va-t-on faire sans toi au bureau demain ma douce ?”
Mélanie se rend bien compte que tout cela frôle le harcèlement sexuel, tant cela se répète. Mais elle se gardera bien de le dénoncer ou de prononcer ce mot. Disons que c’est une situation banale à laquelle il faut bien s’habituer.
Maintenant qu’il est 11h, Mélanie quitte son bureau, ferme la porte et se dirige vers la Poste avant l’ouverture de l’école. Au moins elle va poster ce fameux colis à Mamie, depuis le temps. Elle flâne, elle plane un peu, dans ses pensées, pas à pas. Il y a peu de monde aujourd’hui, on dirait, devant la porte coulissante. D’ailleurs elle est même fermée, on dirait ? Elle s’approche. Un écriteau “grève de la Poste”.
Alors la, c’en est trop. Trop c’est trop. Vraiment trop. Elle pousse un cri de rage “Y’en a marre !”. Elle tourne les talons, elle est prête à tous les déchirer.
Remix de pamdeterre
Aujourd’hui, c’est une journée un peu spéciale. La cantine de l’école est en grève, alors c’est télétravail pour Mélanie, histoire qu’elle puisse faire l’aller retour entre midi et deux. Arthur ne pouvait pas, il avait une réunion. Mais qu’à cela ne tienne, c’est l’occasion de rester tranquillement dans son salon, loin de son manager. Hier encore, il lui a glissé une remarque vieillote et ô combien problématique, accompagnée d’un regard lubrique. Mélanie a prétendu ne pas l’entendre, elle veut protéger son énergie des ondes négatives. Et puis finalement, c’est aussi, l’occasion de passer un peu de temps privilégié avec sa fille, en tête à tête ! Elles pourront continuer le jeu qu’elles ont commencé la veille, quand Arthur était à l’escalade.
Il est 11h, et elle se dit qu’en chemin, elle pourrait aussi déposer le colis de Mamie à la Poste, tiens. Comme ça, c’est fait. Elle le prend sous le bras et sort dans la rue, profiter un peu des beaux jours et des rayons du soleil. Tiens, c’est étrange, on dirait que personne ne s’entasse devant la porte coulissante. Les employés doivent redoubler d’efficacité aujourd’hui ! Ah, ils sont en grève, eux aussi. Bon, tant pis pour cette fois.
Ca lui donnera une bonne excuse pour rester en télétravail demain !
Proposition de Marianne
En haut de l’avenue St Charles, devant la gare du centre ville de Marseille, là où des hommes et des femmes viennent s’échouer sur les marches qui descendent vers la mer, un garçon pleure : on lui a volé son ballon. C’est un adolescent qui a fait le coup. Il s’est approché de l’enfant qui jouait à faire rebondir le ballon sur ses genoux, comme les joueurs professionnels.
Le jeune a débarqué, entouré de ses copains et il a intercepté la balle au vol puis il s’est enfui, faisait s’envoler autour de lui une nuée de pigeons dans la lumière du soleil de midi.
Sa petite soeur est assise à ses côtés. Ils se trouvent un peu éloignés de leurs parents, eux-même affalés sur des monceaux de bagages dont certains semblent fermés par miracle tant le volume qu’ils continennent tend la toile. Le petit garçon sanglote bruyamment, attirant l’attention des parents. Certains détournent le regard.
Remix de pamdeterre
Les pleurs de l’enfant m’énervent. Il me saoule à chialer, là, tout tristoune. Et puis ses parents qui foutent rien à côté, c’est quoi ces touristes.
Ca va, c’est pas la mort, le petit s’est fait piquer son ballon par des ados. Bon. Ca lui apprendra à ne pas faire la star devant tout le monde, et à surveiller ses arrières. Il aurait dû les voir arriver, ces ados en bande qui errent dans le quartier. C’est pas comme s’ils étaient discrets, avec la musique sur leur téléphone.
Ils peuvent déjà s’estimer heureux d’avoir toutes les valises, sans déconner qui à besoin de tout ça pour venir à Marseille. Les affaires de ski c’est pour l’hiver, hein. Au moins, les pigeons ne leur ont pas chié dessus.