#8 - Samsara

#8 - Samsara

Semaine 7 baby 💣💣

  • Thème 1 : L’Amour au temps du choléra
  • Thème 2 : Amoureux
  • Thème 3 : 🔬 · 🧺 · 🐻 · 🦉

Contrainte : Science-fiction

C’est super vaste comme contrainte, et j’avoue que j’avais pas trop envie de verser dans le cliché du “le monsieur il est coincé tout seul dans sa navette spatiale”. Même si c’est très bien et que j’adore ça, hein. Mais moi je suis différent, ok ?

Vous connaissez le solarpunk ? C’est cool le solarpunk. Je suis parti dans ce genre d’univers. C’est un croisement entre les grands espaces verdoyants qu’on voyait souvent dans les rendus des années 2000 (dans l’esthétique Frutiger Aero), et le fantasme d’un écolo qui aurait réussi à faire changer les choses pour que la société vive en harmonie avec la nature et la planète.

Et pour le reste… je vous laisse voir dans le texte !

Musique d’ambiance : dancing while the world burns - adore

#8 - Samsara

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1 296 624 restants.

La fenêtre rouge flotte dans le ciel dégagé. Chaque seconde qui passe, le chiffre continue de dégringoler et se rapproche de 0. Chaque souffle me rapproche de la réponse à ma question : que se passera-t-il à la fin du compte à rebours ?

Quand elle est apparue il y a 7 jours, j’ai cru que le monde allait imploser sous le choc. Au début, elle indiquait environ 36 millions restants. De quoi ? Bonne question. La plupart des pays sont passés en alerte maximale, craignant une attaque de leur voisin, ou peut-être même d’une force alien. Assez vite, nous nous sommes rendu compte que cette fenêtre n’apparaissait pas au même endroit pour tout le monde, techniquement parlant. Chacun peut la voir directement au-dessus de lui, au zénith, et ce peu importe où la personne se trouve sur la planète.

La panique a saisi le cœur des populations qui se sont empressées de récupérer le plus de ressources possibles avant de se retrancher chez elles. Les magasins ont été pillés, certains en ont même profité pour semer un peu de chaos et d’anarchie en brûlant des voitures ou en volant des objets de luxe comme des interfaces dernier cri ou les derniers modèles d’androïde. D’autres se sont mis à clamer à qui voulait bien l’entendre que la fin était proche, que l’heure du jugement dernier avait sonnée.

Dans notre vallée, bizarrement, la situation est restée sous contrôle. Enfin, je crois. Je ne suis pas trop sorti de chez moi, cette semaine. J’étais occupé à essayer de comprendre ce que pouvait bien vouloir dire ce message aussi mystérieux que captivant. Quel était ce chiffre qui chutait à toute allure ? Il y avait forcément une logique derrière tout ça. Il ne pouvait pas correspondre au nombre d’humains restants. Quelques millions, c’est trop petit. Il descendait à un rythme stable, régulier. Alors je l’ai mesuré, essayant de noter approximativement deux chiffres espacés d’une seconde. Une fois que j’avais plusieurs intervalles, j’ai pu confirmer ma théorie. Chaque seconde, le compteur diminue de 60. 36 millions, ça nous donnerait environ 604800 secondes. 7 jours. J’ai passé des jours à essayer de changer la vitesse du décompte, à essayer de l’inverser. Rien n’y fait.

Aujourd’hui, il va passer la barre du million, soit 6 heures. Enfin aujourd’hui, je ne sais pas trop. De la main droite, je tapote ma tempe. Ma vision se remplit de fenêtres projetées par mon interface neurale. Réseau indisponible. Pas surprenant. Il y a 3 jours, le monde a commencé à partir à la dérive. D’abord, le réseau est tombé. J’ai cru à une panne, ou peut-être un quelconque acte terroriste ayant détruit l’antenne la plus proche. En même temps, la grille électrique mondiale est tombée en rade. En prenant des mesures, j’ai eu ma réponse. Ou plutôt, un semblant de réponse, incompréhensible. La tension est là, il y a du courant. Mais il ne bouge pas, il n’alimente pas les appareils qui y sont branchés. C’est comme si l’électricité elle-même était au point mort.

Hier, le soleil ne s’est pas couché. Il s’est allongé sur la ligne d’horizon, baignant le monde dans sa lueur orangée. Et puis il y est resté toute la nuit, et la lune ne s’est pas montrée. Il y est toujours, statique. Je suis un peu désorienté, j’ai l’impression qu’il est à la fois le soir et le matin.

Je regarde une dernière fois ma hutte, balayant mon laboratoire désormais inutile, coupé de l’électricité. Je me suis retranché ici pendant des années, dans mon petit havre de paix loin de tous, pour me plonger entièrement dans mes recherches qui n’aboutiront jamais. D’une main distraite, je caresse mon chat mécanique qui s’est éteint quand l’électricité s’est arrêtée. J’aurais aimé l’entendre ronronner une dernière fois. J’aurais aimé passer un dernier appel à mes parents.

Cette nuit, j’ai décidé que je ne passerai pas mes derniers instants seul dans cette hutte. J’ai l’impression d’avoir gâché mes derniers jours ici, plongé dans mes réflexions et l’espoir de trouver comment inverser le compteur, en vain.

Dehors, les champs verdoyants ondulent sous le vent. Malgré la brise, les nuages ne bougent plus. Selon mes prévisions, il aurait dû pleuvoir aujourd’hui mais le temps est au beau fixe. Les panneaux solaires qui couvrent les plantations absorbent les rayons dardant du soleil couchant, sans rien générer en retour. Les éoliennes à ballon qui flottent à quelques mètres de hauteur continuent de tourner dans le vide, sans rien produire. Un chemin serpente entre les champs, et rejoint la ville à quelques kilomètres d’ici, cachée derrière un vallon forestier. Je regarde une dernière fois ce paysage qui était mon domicile, qui m’a baigné dans sa beauté pendant les dernières années. Un cours d’eau se glisse entre ma hutte, se faufile entre les champs et part se déverser dans un autre ruisseau en contrebas. Tous les capteurs sont au vert. Pression, débit, température. Tout est nominal. Et pourtant, quand je plonge la main dans l’eau, j’ai l’impression qu’elle est statique. Je la remue et la surface reste calme. Pas de vagues, pas de mouvement.

Je me relève, enfourche mon vélo et me dirige vers la ville.

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864 152 restants.

Je me dirige vers la place centrale, d’où émane un brouhaha. Les rues sont quasiment désertes. Les commerces sont vides, certaines vitres sont brisées et les étalages ont été pillés. Je me rends compte que je n’ai rien mangé depuis hier, et pourtant je n’ai pas faim. Ni soif. Je regarde ces grands bâtiments en verre couverts de végétation, qui reflètent la lumière du soleil. Avec plus de temps, nous aurions pu construire un monde magnifique, en harmonie avec la nature qui nous entoure. Peut-être que nous nous y sommes pris trop tard.

On dirait que les habitants se sont tous rassemblés sur la place pour profiter de leurs derniers instants. Je pense que nous avons tous compris que la fin du compteur n’apportera sûrement rien de bon. C’est drôle, je m’attendais à ce que l’humeur générale soit maussade, mais je les vois rire. Les gens discutent, se racontent des blagues, s’échangent des sourires et des embrassades. Vers la fontaine, une masse agglutinée est rassemblée et une petite musique en émane. Je me rapproche, me glissant entre les autochtones. Quelques personnes sont assises sur des tabourets et jouent d’instruments divers et variés. Ils échangent des regards, hochent la tête entre deux mesures. La guitare prend le dessus et se lance dans un solo, avant de passer la main aux percussions qui résonnent dans ma cage thoracique. Un tambourin accompagne les pas d’une femme qui fait des claquettes. Au milieu du cercle, des personnes dansent en riant. Elles se tiennent la main, tournent ensemble puis changent de partenaire.

Et je la vois. Julianne.

Ses cheveux blonds lui tombent sur les épaules, virevoltant avec ses pas légers. Sa robe danse avec elle, apportant de la fluidité et de la légèreté à ses mouvements gracieux. Un bracelet à sa cheville émet des petits tintements quand les breloques s’entrechoquent, en rythme avec la musique.

La revoir me coupe le souffle. Au fond, j’espérais qu’elle soit toujours ici. Je crois même qu’une partie de moi voulait venir en ville dans l’espoir de la croiser. Nous avons grandi ensemble dans un autre village, et après nos études nous avons tous les deux atterris ici. Malheureusement, nous nous sommes perdus de vue. Ma faute, sûrement. J’étais trop plongé dans mes recherches pour prendre le temps d’entretenir des relations. Je n’ai pas fait d’effort. Je ne lui ai pas parlé depuis des années.

Perdu dans mes pensées, je ne remarque pas son regard qui s’est posé sur moi. Ses yeux gris qui s’écarquillent en me voyant, et le sourire qui illumine encore plus son visage radieux.

— Romain !

Elle quitte son partenaire de danse et se rapproche de moi. Elle m’attrape la main.

— Allez, viens danser !

— Tu sais que je déteste ça, Ju, répondis-je.

— Tu ne vas pas faire ton rabat-joie, si ? Allez, de toute façon personne ne fera attention à toi. Et puis tout sera bientôt oublié.

Elle me tire par le bras et m’entraîne dans le cercle. Je pose une main maladroite sur son épaule, qu’elle attrape et déplace sur sa hanche.

— Toujours aussi à l’aise mon Rominou, dit-elle en riant.

Je me perds dans ses yeux qui capturent les rayons orangés au-dessus de nous. Mes souvenirs d’enfance me reviennent comme un torrent inarrêtable. Elle me sourit. Moi aussi. Je fais de mon mieux pour ne pas lui marcher sur les pieds. Je la laisse m’entraîner dans sa joie. Elle m’a tellement manqué.

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647 421 restants.

Entre deux morceaux, elle m’attrape la main de nouveau et se penche vers moi.

— Viens, suis-moi, murmure-t-elle à mon oreille.

Elle m’entraîne loin du groupe, puis vers un coin de la place. Dans une petite ruelle. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais j’ai envie de courir. J’accélère le pas, elle aussi. On se met à détaler dans le dédale qui se cache entre les bâtiments.

— Le premier arrivé au clocher ! lance-t-elle.

Les doutes, la solitude qui m’assaillaient il y a à peine quelques heures ont disparu. Je ne ressens que de la joie. Pure. Intense. Je cours après elle et j’oublie tout. Mes pieds glissent sur l’herbe mal coupée des trottoirs. Elle prend un tournant au dernier moment, et je manque de tomber par terre. Elle gagne.

— Prem’s !

— Bien joué, répondis-je.

— Tu m’a laissé gagner ?

— Peut-être.

Je l’ai laissé gagner. Elle adore ça. Et elle déteste que je fasse exprès de perdre. Quand on était petit, elle me disait “Ça ne compte pas ! On refait ! Et cette fois, tu essayes pour de vrai !”. Elle me regarde dans les yeux, ses joues rougissent. Elle ne me le dira pas aujourd’hui.

La tour du clocher se dresse devant nous, blanche et lisse. Des panneaux solaires recouvrent la surface, agrémentés de murs végétaux qui rajoutent une touche de vert dans la froideur blanchâtre des constructions humaines.

— Tu savais que la porte fonctionne avec une serrure électronique ? Elle ne marche plus depuis… Tu sais, depuis que tout fout le camp. Viens.

Elle attrape la poignée de la porte en bois et tire d’un coup sec. La porte s’ouvre. J’ai l’impression de pénétrer dans un endroit où je ne devrais pas aller, mais au pire, que peut-il m’arriver ? La police n’est plus vraiment en poste et les policiers sont sûrement sur la place en train de danser avec tout le monde. C’est drôle comme toutes les constructions sociales paraissent futiles une fois que la fin approche. Nous nous sommes imposé toutes ces règles en tant que société, mais elles ne servent plus à rien.

Un escalier en colimaçon remonte le long des murs, et nous le grimpons en silence. En haut, une petite trappe nous permet de sortir sur le rebord au-dessus de l’horloge immense. Nous nous asseyons tous les deux, côte à côte. La ville s’étend sous nos pieds. C’est vertigineux. Au loin, derrière les limites de la bourgade, les champs couvrent des kilomètres à la ronde. Tout au bout de l’horizon, le soleil est allongé, épousant à moitié le sol, indécis. J’ai envie de pleurer.

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Nous restons assis en silence, à contempler le monde devant nous. Au-dessus de moi, je sais que le compteur défile. Les secondes s’égrènent. Mais je ne veux pas y penser. Je veux profiter du temps qu’il me reste pour être avec Julianne. C’est une évidence, maintenant. Je veux ça se termine comme ça. Ensemble.

— Désolé d’avoir disparu ces dernières années, Ju. C’est un peu tard, hein ? Je n’ai pas d’excuse. J’ai tout laissé tomber pour mes recherches. Pour mes petits projets. Quel con.

— Je ne t’en veux pas. Tu avais d’autres priorités dans ta vie. J’en avais aussi. J’aurais dû faire des efforts pour venir te voir plus souvent, Romain. Mais je ne les ai pas faits. En tout cas, je suis contente de te revoir aujourd’hui. J’espérais que tu viendrais. Je n’osais pas aller te chercher chez toi, je crois.

Le soulagement remplace la culpabilité. Un peu. Je ne sais pas quoi dire de plus. Je n’ose rien dire de plus. Mais Julianne brise le silence.

— Tu te souviens quand on était petits, la maison abandonnée ?

— Oui, répond-je en riant, on avait jeté des poires pourries par la fenêtre.

— Et un vieux schnock était sorti en nous criant dessus ! Elle n’était pas du tout abandonnée, en fait !

Son rire éclate, j’ai l’impression qu’il occupe tout l’espace. Je pourrais l’entendre en continu, sans arrêt. Nous continuons de nous raconter d’autres souvenirs. Des voyages, avec nos parents respectifs. Des bêtises à l’école. On parle de nos autres amis, que nous avons perdu de vue quand nous sommes venus vivre ici. Elle n’a pas eu de nouvelles de sa famille non plus. Elle me raconte que ces dernières années, elle travaillait dans la construction d’abris pour animaux. Je lui explique que j’ai essayé de travailler sur un nouveau type de carburant complètement réutilisable. Je n’ai pas abouti. Elle n’a pas eu le temps de finir son projet non plus.

— Julianne, il faut que je t’avoue un truc. Quand on était petits… Enfin, même au début de notre vie d’adulte. J’étais amoureux de toi. Je n’ai jamais osé te le dire. Je ne voulais pas perdre notre amitié, risquer notre complicité. Mais je t’aimais.

Elle ne répond pas. Je n’ose pas la regarder. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je regarde le soleil, j’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Un poids disparaît et je me sens plus léger. Au moins, je lui aurais dit.

— Moi aussi.

Je tourne la tête vers elle. Ses yeux brillent dans la lumière crépusculaire et elle me rend un petit sourire.

— J’ai l’impression que je suis passé à côté de ma vie, dis-je.

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214 941 restants.

Elle pleure. Je voudrais sécher ses larmes mais je n’ose pas la toucher. Je sens que mes propres larmes montent en moi, comme une rivière qui menace de déborder de son lit. Je fais de mon mieux pour contenir le flot, et je la laisse tranquille. Elle regarde au loin.

— Je me suis aussi dit ça, quand la fenêtre est apparue, dit-elle. Il y a 7 jours. J’ai vite compris qu’il ne me restait pas beaucoup de temps. Mais en y réfléchissant bien, je ne crois pas que je sois passé à côté de ma vie. Je suis passé à côté d’une vie avec toi, ça, peut-être. Mais j’ai vécu quand même. J’ai la tête pleine de souvenirs. Plein de moments que j’ai partagé avec les gens que j’aime. Avec toi, parfois. Avec mes parents. Des amis. Seule. Ils valaient tous le coup d’être vécus. Tous. Même les moments tristes. Même les moments d’ennui. C’est comme des touches d’un pinceau sur un grand tableau. Je pensais que la toile serait plus grande. Je pensais que j’avais plus de temps. Mais on arrive au bout des réserves de peinture, Romain. C’est dommage, de trouver le sens de la vie au dernier moment, hein ?

Je ne peux plus me retenir et je sens une goutte qui roule sur ma joue. Je l’essuie d’une main.

— Je suis contente que mon dernier coup de pinceau, ce soit avec toi Romain, continue-t-elle. Je suis heureuse de le vivre avec toi.

— Je crois que je t’aime toujours, Julianne.

Elle ne me répond pas, mais ses yeux s’illuminent.

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— Romain, tu penses qu’il va se passer quoi à la fin du compte à rebours ?

— Qui sait… Probablement pas quelque chose de très plaisant. Extinction, c’est souvent un mot plutôt négatif. Peut-être que toutes ces théories étaient vraies, et que nous vivons vraiment dans une simulation. Peut-être qu’ils vont l’éteindre. Ça expliquerait pourquoi tout est si bizarre. Les modules de simulation doivent s’arrêter un par un. Le moteur physique qui gère le mouvement des nuages, celui de l’électricité. Celui qui gère la rotation du soleil. Je pense que tout s’arrête petit à petit.

Je voudrais la rassurer, mais je ne peux pas lui mentir.

— A mon avis, rien. Il ne se passera plus rien. Tout va disparaitre, continue-je. Peut-être que la personne qui contrôle la simulation va la redémarrer, peut-être pas.

— J’ai envie de croire que ça redémarrera, je crois. Peut-être que c’est vrai aussi, ces histoires de réincarnation. On recommencera du début.

— Si on repart du début, tu voudrais changer des choses ?

— Je ferais exactement la même chose, Romain. Je voudrais revivre la même vie. La même, pour être sûre qu’elle se termine ici, avec toi. Et si on se réincarne, tu voudrais devenir quoi ?

— Peut-être une vache. Pas les vaches qui sont élevées pour l’agriculture hein, mais celles qui sont dans des sanctuaires d’éco production. C’est la belle vie. Tu broutes un peu d’herbe, des humains viennent s’occuper de toi et te faire des câlins. Tu participes à la production de leur carburant avec tes bouses.

Elle rigole. Elle est si belle quand elle rit. Je sens une chaleur dans mon cœur qui se diffuse dans mes veines.

— Tu serais une super vache, Rominou.

— Meuh.

Je ris aussi.

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54 297 restants.

Je veux lui demander ce qu’elle choisirait comme animal, elle. J’ouvre la bouche. Aucun son. Pourtant, je sens ma langue qui bouge. Je ne sens pas la vibration de l’écho de ma voix dans mon crâne. Je n’entends rien. Du tout. La musique qui émanait de la place du village s’est éteinte, elle aussi. J’ai l’impression d’être sous l’eau.

Elle me regarde. Ses larmes reviennent. Les miennes aussi. Je voudrais encore lui dire que je l’aime. Je vois sa bouche qui s’ouvre. Je n’arrive pas à lire sur ses lèvres.

Je le dis quand même. Tant pis si elle ne m’entend pas. Elle me regarde en souriant et hoche la tête. Elle se mord la joue. Des sanglots secouent sa poitrine.

La joie qui m’avait envahi ces dernières heures commence à laisser place à la peur. Je crois que je n’ai pas peur de mourir. J’ai peur de la perdre, alors que je viens à peine de la retrouver.

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7 941 restants.

Un rideau passe devant mes yeux et tout devient noir. Les alentours disparaissent.

Je ne la vois plus.

Je tends la main vers elle, et je tombe sur la sienne. Nos doigts s’entremêlent. Elle serre. Je réponds en serrant aussi. La douceur de sa peau me rassure. Je baigne dans la chaleur agréable de sa présence.

Elle me retourne la main, paume vers le haut. Je sens son doigt qui se balade à la surface, dessinant des symboles.

M. O. I. A. U. S. S. I.

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Je disparais. Tout s’effondre. C’est comme si quelqu’un avait ouvert la vanne, et que le contenu de mon esprit s’écoulait dans le néant. Je sens mes souvenirs qui s’envolent, qui deviennent de plus en plus flou. J’essaye de m’y accrocher, mais je n’arrive plus à reconnaître les visages. Je me sens de plus en plus léger. Je vois Julianne. Je voudrais m’agripper à son souvenir. Elle me glisse des doigts et je perds prise. Je ne la vois plus.

D’autres images me remplissent. Elles s’entassent, désorganisées. Empilées. Désordonnées. Deux oiseaux qui volent par-dessus une forêt et se posent dans un nid douillet. Deux dauphins qui nagent dans l’océan, tournoyant l’un autour de l’autre. Deux personnes âgées dans une cabane, blottis au coin du feu. Deux enfants qui se tiennent la main, allongés dans un champ. Deux chats qui se font un câlin. Deux jeunes adultes qui regardent le soleil se coucher depuis un clocher.

Info

Redémarrage en cours.

Je te retrouverai. Encore et toujours. Je te retrouverai, et je t’aimerai.