#21 - Penimals

#21 - Penimals

Semaine 17.

Les thèmes proposés cette semaine (pour rappel je les récupère ici):

  • Thème 1 : Le Procès
  • Thème 2 : Madagascar
  • Thème 3 : 💣 · 🪶 · 🔍 · 🪾

Contrainte : Ecrit au présent

Bon déjà la contrainte, hein, j’écris quasiment tout le temps au présent parce que je trouve ça beaucoup plus simple. Je vais pas m’en plaindre, il faut savoir savourer les petits moments de simplicité dans la vie.

Le côté Procès m’a tout de suite fait de l’oeil, parce que ça fait un lien avec des jeux vidéo que j’adore : les visual novel. C’est grosso modo des livres avec des images, généralement des jeux vidéo sans gameplay à proprement parler mais plutôt des milliers de boîtes de dialogue qui s’enchaînent. Parmi eux on retrouve deux séries que j’ai dévoré et qui mettent au centre de leur narration des procès plus ou moins loufoques mais non moins intenses : Phoenix Wright, et Danganronpa.

Et en fait, bah je me suis un peu pris un mur parce qu’il s’avère que c’est super difficile d’écrire quelque chose avec du suspense et une intrigue qui se déroule pas trop “facilement”. C’était quand même drôle de créer des personnages un peu plus colorés que d’habitude.

Mais bon, on apprend et continue !


Musique d’ambiance : Deux musiques plus ou moins intenses (beaucoup plus intenses que le récit mais bon) :

  • Discussion -HEAT UP- - Masafumi Takada (pour Danganronpa)
  • Pursuit - Cornered - Masakazu Sugimori (pour Phoenix Wright)

#21 - Penimals

— Non ! Oh non ! J’ai perdu mon stylo ! On me l’a volé ! Madame ! s’écrie Lou à l’attention de la professeure qui rangeait ses affaires.

— Tu es sûre qu’il n’est pas dans ton sac ? répond-elle d’un ton las.

Lou se penche sur le côté de son bureau pour vérifier, laissant tomber ses longs cheveux blonds dans une cascade étincelante, puis les remet d’une main derrière ses épaules. Elle fouille son sac à dos, ouvrant tour à tour chacune de ses poches en essayant de retenir ses larmes.

— Il n’y est pas, j’en suis sûre… Madame, je l’avais au début du cours, il est forcément dans la pièce. Forcément dans les mains du voleur, dit Lou en jetant un regard à son voisin.

Malo hausse les épaules, décochant un sourire en coin.

— Ah bah oui, bien sûr, c’est ma faute.

Les cinq élèves du club dessin sont assis derrière des bureaux simples en bois disposés en U. Ils se rassemblent ici un midi par semaine pour travailler ensemble, ou chacun de leur côté selon leurs envies du moment, sous l’œil avisé de la professeure d’arts plastiques qui se passerait bien de ces heures sup sans grand intérêt. Ces petits ne sont pas entièrement dénués de talent, mais leur avenir n’est clairement pas dans l’art, en témoignent leurs créations. D’habitude, elle leur donne un exercice simple puis les laisse travailler pendant une petite heure avant de les libérer. À défaut d’être des ados normaux, des petits 6ème dociles et effrayés par ce nouveau monde, ils sont hauts en couleur et ça leur donne quand même un petit cachet qui vient mettre un peu de piment dans ces heures de club interminables. Tout de même, un stylo, c’est pas la fin du monde et elle va s’en remettre la petite.

— Écoute, Lou, c’est l’heure. Vous devez filer au self avant de retourner en classe. C’est juste un stylo, tu n’auras qu’à en utiliser un autre.

— C’est pas juste un stylo ! C’est un Penimal ! Et un rare !

La petite blonde la regarde depuis son bureau à l’extrémité du U, les yeux brillants et les lèvres tremblantes. On pourrait presque croire que son monde est en train de s’effondrer, tout ça pour un Penimal, ces stylos affublés d’une figurine d’animal qui ont pris le collège d’assaut comme une avalanche. Il est rare de croiser un élève qui n’a pas sa mascotte préférée, le cerveau lavé par la déferlante de publicités et d’objets dérivés, de stickers, de cahiers et autres fournitures scolaires arborant ces animaux hauts en couleur. Ils sont partout.

Le regard de Malo alterne entre Lou et la professeure, à moitié dissimulé par ses cheveux châtains qui retombent lourdement sur son visage criblé de boutons, occultant ses yeux sous un rideau de gras.

À côté de lui, Gretchen est recroquevillée sur son bureau, fidèle à elle-même, comme si elle voulait disparaître. On dirait que sa peau est encore plus pâle que d’habitude. Les reflets de la lumière sur ses cheveux roux et frisés accentuent le contraste saisissant avec son visage aux couleurs d’un cachet d’aspirine.

— Madame ? demande Regina en levant la main.

Il manquait plus que ça, tiens, se dit Madame Machro. La première de la classe avec ses cheveux tirés en arrière dans un chignon. Ses grosses lunettes rondes surplombent les taches de rousseur qui parsèment son nez. La pauvre, avec ses dents trop grosses qui l’empêchent de parler correctement et son style à mi-chemin entre une secrétaire et une bibliothécaire… La puberté est sans pitié.

— Oui, Regina ?

— Je comprends que le temps presse, mais nous ne pouvons à l’évidence pas laisser cette affaire sans résolution. Chaque seconde qui passe est une opportunité de plus pour le voleur de s’en sortir indemne. Lou, tu me confirmes que tu es sûre que tu avais ton stylo quand tu es entrée dans la salle ?

— O-Oui…

— Bien. Alors madame, je propose que nous verrouillions la porte. Le voleur sera piégé parmi nous, et nous aurons le temps d’élucider cette affaire sans lui laisser d’échappatoire.

— Regina… Je comprends que tu prennes ton rôle de déléguée au sérieux, vraiment, mais il n’y a pas besoin d’en faire une affaire d’état. Ce n’est qu’un stylo. Allez manger, et n’en parlons plus.

— NON ! hurle Lou.

De l’autre côté du U, Samson regarde la victime avec un regard empli de pitié. Il y a des burgers ce midi, à la cantine, alors son stylo hein… Il passe une main dans ses cheveux courts pour les ébouriffer un peu plus, puis commence à ranger ses affaires dans son sac. Gretchen tend une main vers lui pour lui intimer de s’arrêter, mais elle ne lâche pas Madame Machro du regard.

— Nous resterons ici tous les cinq et tirerons l’affaire au clair. Je pense que nous pouvons vous exempter de tout soupçon, madame, étant donné que vous représentez le corps éducatif. Vous pouvez me faire confiance, en tant que délégué de classe je veillerai au respect des règles de l’établissement.

Elle ne lâchera pas le morceau. Après tout, autant les laisser faire leurs bêtises, et tant pis s’ils meurent de faim dans l’après-midi.

— Peu m’importe. Je reviens dans 45 minutes et vous avez intérêt à avoir fichu le camp.

Regina regarde la professeure sortir de la pièce, se lève et va fermer la porte. Elle marche jusqu’au tableau, face au U maintenant marqué d’un trou à sa place initiale, et s’appuie sur le bureau de Madame Machro.

— Voilà ma proposition, nous allons mener un procès pour révéler qui d’entre nous est le mécréant qui a volé le stylo de Lou. Une fois que nous l’aurons identifié au-delà de tout soupçon, nous l’enverrons à l’échafaud.

Malo laisse échapper un ricanement.

— L’échafaud, carrément. Quoi, tu vas demander à faire installer une guillotine dans la cour, tant qu’on y est ?

— Je peux y aller, moi ? Vraiment je m’en fous de votre truc, tente Samson.

Gretchen le regarde, hésite, ouvre la bouche puis la referme.

— Non. Et ne t’avise pas d’essayer, sans quoi nous serons obligés de te considérer comme coupable. Rien de plus suspect que quelqu’un qui cherche à fuir la scène du crime.

Regina savoure ce moment, cette tension presque palpable. L’air est électrique et la loi va reprendre sa place. La vérité éclatera au grand jour.

— Regina, se lance Gretchen. Quand même… l’échafaud c’est… c’est beaucoup et puis…

Elle ne finit pas sa phrase, avalant ses derniers mots dans un mutisme timide.

— Bon, soit. Alors, le coupable sera banni du club dessin et il devra manger seul à la cantine tous les midis. Faites-moi confiance, j’y veillerai.

— Et pourquoi on doit te faire confiance ? Parce que j’ai un peu l’impression que tu considères que le coupable c’est Samson, Gretchen ou moi. Mais n’oublions pas que ça pourrait être toi, madame la présidente, ironise Malo.

Regina sort son Penimal de sa poche, un stylo couleur bleu marine sur lequel est perché un petit corbeau affublé d’une casquette de policier et d’un monocle.

— Le mien, c’est Corpeaulice, et comme lui, j’aime la loi et la justice. Jamais je ne m’abaisserai à voler, à blesser quelqu’un, à traverser quand le feu est rouge, à tuer, ni à quoi que ce soit d’autre. Alors oui, tu peux me faire confiance.

— Ah oui, tout ça, répond Malo en levant les yeux au ciel.

— T’as qu’à t’asseoir à ton bureau, alors, au lieu de faire la petite cheffe, reprend Samson. Tout le monde sur le même pied d’égalité, et qu’on en finisse. J’ai la dalle. Lou ? Il ressemble à quoi ?

— Bien. Qu’à cela ne tienne.

Regina se résigne à retourner à son bureau en gardant la tête haute.

— C’est un Cupicoeur. Tu sais, Samson, le petit singe avec des ailes et un arc qui tire des flèches qui rendent amoureux…

Les yeux de Lou se perdent dans le vague, ou dans ceux de Samson, dur à dire. Gretchen ouvre un paquet de bonbons caché dans sa trousse et commence à en manger.

— Ah ouais. T’sais, moi et les Penimals, c’est pas trop ça. C’est un peu un truc de gamin.

— Et si… commence Gretchen.

— Et pourtant, tu passes tous tes midis à dessiner des scènes de manga. C’est un truc d’adulte, ça ? demande Malo.

— Fais attention à ce que tu dis l’avorton. Pourquoi on fouille pas les sacs de tout le monde ?

— Est-ce que… réessaye Gretchen.

Regina abat une main sur son bureau et le bruit résonne dans la salle de classe.

— Attention à ton langage, Samson. Nous sommes dans un tribunal, un lieu sacré. Aucune violence ne sera tolérée, qu’elle soit verbale ou physique. Et nous ne pouvons bafouer l’intimité d’autrui en fouillant leurs biens personnels, sauf si nous avons une bonne raison.

— Pfff. Il est toujours chiant comme ça, Corpeaulice ?

— Bon et maintenant ? demande Malo. Parce que des stylos Cupicoeur, il doit y en avoir des dizaines dans le collège hein. Soit dit en passant, très original comme favori, Lou.

— Je… retente Gretchen.

— Il est spécial, le mien. C’est la version rare avec des paillettes dans l’encre. Vous saviez que c’est une chance sur 10 d’avoir un rare ? Ils valent une fortune.

— EH OH J’EXISTE, crie Gretchen.

Le silence retombe dans la pièce et les regards convergent sur elle. Lou se ronge les ongles et Regina réajuste ses lunettes. Déstabilisé, Malo laisse disparaître son sourire narquois quelques instants avant de se ressaisir.

— Maintenant que j’ai votre attention, dit-elle en essuyant une goutte de sueur qui perle sur son front, je pense qu’on devrait commencer par déterminer quand le stylo a disparu, et je…

— Super idée Gretchen, coupe Regina. Lou, c’était quand ?

Malo joue avec une mèche de cheveux en l’entortillant dans ses doigts.

— Je dirais… Peut-être au milieu de l’atelier, à peu près. Je m’en suis servi pour écrire le petit mot que… Le petit mot que j’ai fait passer à Samson.

Lou penche la tête en avant, essayant de camoufler son visage qui rougit un peu plus à chaque seconde qui passe. De l’autre côté des tables, Samson détourne le regard.

— Et après ? demande Regina.

— Après je l’ai laissé sur mon bureau, je crois, et je me suis concentrée sur mon dessin. Je ne m’en suis pas resservi, mais j’ai remarqué qu’il avait disparu quand j’ai voulu ranger mes affaires.

La représentante de la justice hoche la tête solennellement avant de reprendre son discours tandis que Gretchen la regarde en continuant de grignoter.

— Merci, Lou.

— Non mais on va pas y passer des heures, dit Samson. Rien qu’à voir les bureaux, c’est évident. Lou, et à côté Malo, puis Gretchen, Regina et moi. Y’a que Malo à côté de Lou. Affaire pliée, allez à la bouffe.

— Je suis sûre qu’il me l’a volé parce qu’il veut le revendre, enchaîne Lou.

— Oh oui, tiens, c’est pratique ça, ironise Malo. Tu m’en veux, Samson ? C’est parce que je me suis moqué de toi ? Désolé, hein, c’était de l’humour. Faut pas le prendre perso. Fouille ma trousse, si tu veux, mais tu vas être déçu. Je sais pas si tu as remarqué, mais on a tous pas mal bougé pendant l’atelier pour aller chercher du matos. On a tous eu l’occasion de le chourrer en passant à côté du bureau de Lou. Oui, Regina, même toi. J’y crois pas à ton petit numéro de fille modèle.

— Certes, je dois bien admettre que tu marques un point, répond Regina. Il nous faut une preuve irréfutable, nous ne pouvons pas nous permettre d’accuser à tout va. Et un mobile. C’est la base de la résolution d’un crime.

— Dis, Samson, il y avait quoi sur ce petit mot ? continue Malo. Allez, fais pas le timide.

— T’aimerai bien le savoir, hein ? T’aimerai bien avoir un petit mot comme ça, peut-être que ça t’arrivera quand ton visage ne ressemblera plus à un champ de mines. L’autre problème c’est que les filles, elles s’intéressent pas trop aux mecs insupportables.

— Oh ne t’inquiète pas pour ça, j’ai déjà 6 ou 7 copines sur Roblox, répond Malo en agitant ses mains.

— Tu… Peu importe. Est-ce que vous croyez que le voleur s’est servi de mon stylo pour son dessin ? hasarde Lou.

— Tu… l’aurais remarqué, non ? Enfin… dit Gretchen.

Malo ouvre son cahier pour montrer son dessin du jour, à l’effigie de son Penimal favori. Un renard roux affublé d’un masque, Rusenard, qui se faufile dans une ruelle pour échapper à un Corpeaulice à ses trousses. Regina serre les dents. Il agite le stylo associé, un feutre mandarine avec un renard en silicone qui s’enroule autour.

— Comme vous voyez, le mien est tout en orange. Cupicoeur, c’est du rouge, c’est ça ?

— Ouais, dit Lou.

— Ça prouve rien, dit Samson. T’as très bien pu le piquer et le foutre dans ton sac.

— Tu veux que je vide mon sac, aussi ? Peut-être que tu veux aussi vérifier si je ne l’ai pas mis dans mon caleçon ? Tu veux me voir tout nu, Samson ?

— Ta gueule. Jamais de la vie.

— Allez, montre-nous ton dessin Sam. S’il te plaît, continue Malo.

Lou fixe Samson, captivée par son côté badboy tandis que Regina regarde Malo. Il lui donne envie de l’étrangler, mais aussi de… Elle ne sait pas trop quoi. Il y a… un truc.

Gretchen continue de grignoter ses bonbons, son regard fusant entre les deux garçons qui se chamaillent. Elle ouvre son cahier en silence pour montrer son dessin, un chat gris lové sur un croissant de lune doré, perché dans les étoiles. Des accents pailletés de bleu azur donnent au ciel étoilé un aspect onirique. D’une main elle sort son Penimal de sa trousse, un long stylo bleu parsemé d’étoiles et aux reflets brillants. Une petite figurine de chat gris est accrochée au sommet sur un croissant doré.

— C’est Mistigrêve, et j’ai utilisé son stylo rare parce qu’il a des paillettes comme celui de Cupicoeur, et…

— Super. Pas de rouge, coupe Malo, toi Regina ?

Elle le fixe en révélant son dessin d’un Corpeaulice attrapant un Rusenard par le cou, prêt à lui passer les menottes.

— Bleu. Suivant ? Tu sais, Samson, si tu ne le fais pas, ça va paraître vachement suspect.

Malo ouvre à son tour son cahier en maugréant un juron, révélant un dessin d’un homme vêtu d’un kimono, debout sur une falaise. Un bandeau rouge enserre son front et vole au vent.

— Oh tiens, du rouge. Comme… tiens donc, ce serait pas la même couleur que Cupicoeur, ça ?

— Je t’ai dit que ça prouve rien. Faut être sacrément con pour utiliser un stylo volé devant tout le monde.

— Pas de gros mots, Samson, répond Regina.

— J’en sais rien, Sam. Quand je dessine, je me concentre sur ce que je fais, pas sur les stylos des autres. Mais des fois, je manque un peu d’inspiration et je regarde autour de moi, et je vois des choses bizarres chez mes petits camarades. Des choses qui me laissent croire qu’ils mentent. Tu savais que mentir devant la justice, ça s’appelle un parjure et c’est très grave ? Tu veux peut-être revenir sur ce que t’as dit précédemment ?

— Dernière chance pour que tu la fermes, Malo, siffle Samson.

— Pourquoi tu ne partages pas directement ce que tu as vu avec le tribunal, Malo ? demande Regina. La rétention d’information est tout aussi grave aux yeux de la loi.

— Flemme. En attendant c’est le seul avec du rouge sur son dessin. D’ailleurs, Lou, tu ne t’en es pas servi pour le tien ?

— C’est pas du rouge sur mon dessin, déjà, c’est du vermeil, glisse Samson.

— Je ne veux pas gâcher l’encre, il est trop rare. Je ne m’en sers que pour… les choses importantes, balbutie Lou.

Un sourire se dessine aux lèvres de Regina tandis qu’elle tourne lentement la tête vers Samson. Malo la regarde, les yeux pétillants. Elle l’a noté aussi. Bien.

— “Vermeil” ? demande-t-elle à Samson.

— Ouais c’est quoi le problème ?

— Je n’aurais pas pensé que tu sois… à l’aise avec les nuances de rouge, c’est tout. Les mangas c’est surtout du noir et blanc, non ?

— Et ?

— Tu peux nous montrer ton “stylo vermeil” s’il te plaît ? continue Regina.

Les joues de Samson prennent la couleur du bandeau sur son dessin. Malo se retient tant bien que mal de faire un commentaire, de toute façon la machine est déjà en route. Il l’a eu.

— Si c’est vermeil… c’est pas le stylo de Cupicoeur. Lui, c’est du fuchsia. Et puis… dit Gretchen.

— Samson, ça va ? demande Lou.

— On s’en fout de mon stylo, lâchez-moi.

— Allez, Sam, montre-nous ton stylo. C’est pas un Bic, n’est-ce pas ? Je ne connais pas tous les Penimals, mais de vermeil je crois qu’il n’y en a qu’un. C’est ça, Gretchen ?

— Oui ! Exactement ! Un seul ! C’est CriK.O. le criquet boxeur ! Et puis …

— Merci. Dis donc, Sam, c’est pas toi qui disait que c’était un truc de gamin les Penimals ?

— Toi, je te jure que ce soir tu sors pas vivant du collège, grince Samson.

Regina lui lance un regard désapprobateur, et il sort de sa trousse un stylo vermeil arborant une figurine d’un criquet aux bras démesurés avec deux gants de boxe, et un bandeau rouge attaché à chacune de ses antennes.

— Contents ? C’est pas le bon rouge, lâchez-moi la grappe.

— Merci beaucoup pour le partage et ton honnêteté, Samson, dit Malo. Tirons un trait sur les mensonges que tu as prononcé dans cette pièce et repartons de zéro. Je suis d’accord avec toi, c’est pas la bonne couleur. Et puis, comme tu dis, on s’en fout des dessins, non ? Par contre, on a appris quelque chose d’autre dans toute cette histoire.

Regina plisse les yeux en le regardant jouer avec ses cheveux gras. Elle déteste son approche, il force trop. Pire encore, elle n’arrive pas à cerner où il veut en venir ni comment. Il ne se base ni sur les faits, ni sur la logique. Qu’est-ce qu’il est énervant. Mais…

— Quoi d’autre ? Allez, je vais pas tout faire tout seul, les copains, continue Malo en haussant les épaules.

— On n’est pas potes, se dépêche d’ajouter Samson. On le sera jamais, toi et moi.

— On savait déjà que Gretchen connaissait tous les Penimals, dit Lou.

— Je n’ai pas amené mon classeur, mais…

— Gretchen est la seule suspecte qui a utilisé un Penimal rare avec des paillettes pour son dessin, coupe Regina. Mais je ne vois pas le rapport.

Malo applaudit en souriant à Regina.

— Oui ! Bien ! Et regardez ses mains. Bon, en omettant le sucre des bonbons qui y est resté collé. Tu sais, Gretchen, c’est pas bien de grignoter entre les repas.

Tous les regards se tournent vers elle alors qu’elle se recroqueville sur sa chaise, cachant ses mains sous le bureau comme si elle espérait les faire disparaître.

— Montre tes mains, Gretchen, dit Regina.

— Allez, Gret, s’il te plaît. Pour moi, demande Lou. Pour Cupicoeur.

Elle montre ses doigts, qui scintillent un peu sous la lumière des néons.

— Oh la vache ! Elles sont pleines de paillettes ! s’exclame Samson.

— Oui… Les stylos rares ont un peu tendance à en mettre de partout…

— Et qu’est-ce que ça nous apporte ? lance Regina à l’attention de Malo.

— Je dois tout faire parce que je suis le suspect principal, c’est ça ? Corpeaulice il s’en fout de la présomption d’innocence ? C’est pas toi qui est censé mener la barque ? Allez, Regina, dis-nous ce que ça nous apporte de savoir ça.

Et voilà qu’il lui lance un défi. Très bien, qu’à cela ne tienne. Elle pourra faire le reste toute seule, elle lui prouvera que Corpeaulice vaut mieux que Rusenard et que la loi prévaut toujours. Regina jette un regard à sa montre, il leur reste un bon quart d’heure. Le temps presse, et ils ne peuvent plus se permettre de digressions.

Pourquoi est-ce qu’il a attiré son attention sur les stylos pailletés ? Pour les emmener sur une fausse piste et jouer la montre ? Ses yeux marrons sont vissés sur le visage de Regina et elle jurerait les voir scintiller un peu. Il s’amuse, autant qu’elle. Les paillettes. Comme dans le stylo de Cupicoeur. Elle regarde ses propres mains et y aperçoit un reflet, l’espace d’un instant. Elle les fait tourner, essayant de le capturer à nouveau, et fini par voir une paillette sur la pulpe de son index.

— Il y avait des paillettes sur le mot que Lou a fait passer aussi, c’est ça ?

— Oui, répond-il avec un clin d’œil.

D’accord, et maintenant ? Lou les regarde, confuse, et Gretchen a l’air d’être au bord de la syncope.

— T’as fini tes bonbons, Gretchen ?

— Euh… oui…

— T’as rien d’autre à manger ? J’ai un petit creux, et j’ai l’impression que Regina patauge un peu, ça pourrait lui faire du bien de prendre un petit encas.

Gretchen regarde Malo en écarquillant les yeux, mais elle ne répond rien. Et si… non…

— Lou, je peux voir tes mains ? demande Regina.

— Euh… Oui ?

La représentante de Corpeaulice se lève et fait le tour des bureaux, puis inspecte les mains de Lou, compare les paillettes qui s’y sont déposées alors qu’elle rédigeait le mot, en récupère une avec son ongle et la compare avec la paillette sur son index. Elles sont différentes. Très similaires, mais la paillette prélevée sur la main de Lou a de légers reflets rougeâtres alors que celle qu’elle a eu sur son doigt est plutôt argentée.

— Samson, y a-t-il des paillettes sur le mot ?

— C’est privé.

— Je ne te demande pas son contenu. Je te demande s’il y a des paillettes.

— Oui.

— Bien. Tu peux me décrire leur reflet, s’il te plaît ?

— Elles brillent. C’est des paillettes, Regina, c’est un peu le concept. Je vois pas le rapport, ce mot c’est Lou qui me l’a écrit. Elle va pas se voler son propre stylo.

— Tu peux me parler de la teinte de leur reflet ?

— Bah ça brille quoi, c’est un peu blanc et scintillant, je sais pas quoi te dire.

— Tu les qualifierai de rouge ?

— Euh, non.

Regina se rassied à sa place, savourant le silence qui est tombé sur la pièce. Elle a toujours rêvé de mener un interrogatoire, de coincer le coupable. Quelque chose cloche encore, il manque quelques pièces du puzzle, mais elle sent l’atmosphère qui devient de plus en plus dense. Elle respire un grand coup. Elle sent la justice qui parcourt ses veines.

— Le mot que tu as reçu ne vient pas de Lou. C’est un faux. Les paillettes qui y sont collées viennent du Mistigrêve de Gretchen.

Dans sa tête, elle imagine le bruit sourd qui serait rajouté au montage dans une émission de télé et les regards choqués des personnes dans l’audience du tribunal.

— Pas mal, Regina, complimente Malo. Pas mal du tout.

Pourquoi est-ce que ses compliments lui font plaisir ?

— Gret… C’est vrai ? demande Lou.

— Q-quoi ? Non… Bien sûr que non… Je…

— Réponds, Gretchen, menace Samson.

— Je… Non…

— Je me demande bien où est passé le mot initial, tiens, dit Malo. Hein Regina, t’en pense quoi ?

Elle le sent, elle en est toute proche. Le dénouement final, la surprise de la révélation, le bonheur de voir le criminel écroué.

— Vide ta trousse, Gretchen, ordonne Regina.

— Tu… Non. Tu ne me dis pas quoi faire.

Alors que l’attention de Gretchen est tournée vers Regina, Malo se penche brusquement en avant, attrape sa trousse couverte de stickers Penimals et la retourne pour vider son contenu sur le bureau. Des stylos avec assez d’animaux pour remplir un zoo entier roulent sur le bois usé, dont un stylo Cupicoeur.

— C’est quoi ce bordel, dit Samson.

Regina s’en saisi juste avant Gretchen. Le stylo est orné d’un ouistiti avec deux ailes en silicones et un petit arc dans lequel est encoché une flèche avec un cœur comme pointe. Le design est simple, standard.

— Rends le moi ! C’est… C’est le mien ! lance Gretchen. C’est pas celui de Lou !

— Pas très sympa de ta part, Regina, dit Malo. Je croyais que Corpeaulice suivait toujours les règles ? T’as demandé un mandat de perquisition avant de piquer son stylo comme ça ? Sinon, c’est toi la voleuse, hein.

Elle regarde le stylo quelques instants en grinçant des dents avant de le reposer sur le bureau de Gretchen.

— Gretchen dit vrai, ce n’est pas celui de Lou. Il n’est pas de couleur fuchsia, le label indique “Incarnat”. Et ce n’est pas une version rare, avec des paillettes.

— Gretchen, tu veux peut-être expliquer ce qui s’est passé ? propose Malo.

— Je… Non…

— Ok ! Alors je m’en occupe ! Ou Regina, peut-être ?

Elle croise les bras en guise de réponse. Il manque encore quelque chose. Le mobile. Et le vrai stylo.

— Notre chère Gretchen, bien contente d’être au milieu du passage des petits mots doux de nos tourtereaux, a profité de sa place de passeuse pour échanger le papier initial avec un autre. Enfin, je suppose, vu que le contenu de ce bout de papier est apparemment d’une confidentialité absolue. En tout cas, je l’ai vu glisser le premier mot que je lui ai passé dans sa trousse et l’échanger avec un autre. C’est bizarre. Sam, tu peux passer le mot à Lou, s’il te plaît ?

Il se lève en silence, serrant dans son poing le bout de papier couvert de paillettes, qu’il dépose sur le bureau de sa supposée autrice. Regina l’observe puis pose à nouveau son regard sur Malo. Où va-t-il ? Et quel rapport avec le stylo ?

Lou déplie le mot, le regarde quelques secondes avant de braquer un regard accusateur sur Gretchen.

— Ce n’est pas mon écriture. Et ce n’est pas ce que j’ai écrit.

Gretchen laisse échapper un sanglot en entendant la voix de son amie qui a perdue de sa douceur.

— Lou, est-ce que tu peux nous confirmer la couleur de l’encre ? demande Regina.

— C’est… Maintenant que tu le dis, on dirait que ce n’est pas le fuchsia de mon stylo. C’est un peu… terne.

— Tiens donc, dit Malo. Comme si c’était plutôt une teinte incarnate ? Tu m’en vois choqué. Vraiment. Chokbar.

— Désolée Lou… Je… Je sais pas ce qui m’a pris…

— Pourquoi, Gret ?

— Lou…

— Réponds moi. Pourquoi ?

— Réponds lui tout de suite, avant que je ne te fasse cracher le morceau, enchaîne Samson.

— Parce que j’en ai MARRE ! VOILÀ POURQUOI ! Depuis que t’es avec cet abruti, tu m’as complètement oubliée ! Tu passes toutes les récrés avec lui, les pauses du midi aussi, tu l’as même ramené au club dessin parce que sinon “il te manquait trop” ! Et moi ? Hein ? On est copines depuis la maternelle, et tu me jette comme une vieille chaussette dès qu’un garçon te regarde ? T’as honte de moi ? C’est ça ?

— Gret…

— Même quand tu passes du temps avec moi, tu ne me parles que de lui ! Et Samson il a fait ça, et ce weekend il a un match, et il m’a fait un dessin, et machin et truc et MERDE ! Je m’en fous de lui !

— Sympa pour Samson, ça. Moi je te trouve pas si inintéressant, Sam, dit Malo en riant.

— C’est vrai, Lou ? Tu lui parles tant que ça de moi ? demande Samson en souriant.

— Alors j’ai remplacé ton foutu mot par un autre. Non mais sans déconner, Lou, tu crois vraiment que ça m’intéresse quand tu me dis “et tu penses que je devrais plutôt lui donner rendez-vous vers les casiers, ou plutôt sous le préau”, ou encore “Gret, ce week-end on va zoner avec Samson, tu crois qu’on devrait se prendre un bubble tea ou une crêpe” ? T’as pensé à moi ? Peut-être que moi aussi, j’ai envie de passer du temps avec toi. Mais tu t’en fous, hein ? Alors j’ai changé le lieu de rendez-vous, pour faire foirer votre date pourri, et comme ça, tu reviendras chouiner auprès de moi, parce qu’ENFIN tu te rappelleras que j’existe et que je suis toujours là. Tu me fais péter les plombs, à me demander cinquante fois de t’aider à reformuler ta pauvre phrase pour la marquer sur un mot à la noix, tellement que j’ai l’impression de la connaître par cœur ! Donc je l’ai réécrit de mon côté, et j’ai rajouté des paillettes pour que ça ressemble au tien. T’es content, Malo ? C’est ça que tu voulais entendre, Regina ?

Lou laisse échapper une larme mais n’arrive pas à intervenir. Gretchen est inarrêtable, elle qui est d’habitude si timide et renfermée, on dirait que la boîte de Pandore est ouverte et que rien ne la refermera. En la regardant parler, Regina aperçoit un petit reflet sur les dents de Gretchen.

— Gênant, dit Malo.

— Gretchen, s’il te plaît, dit Regina.

— Et tu sais quoi ? J’en ai rien à faire que tu te sois fait piquer ton stylo. Voilà. Tant mieux, et bien fait pour toi. Et j’espère que tu le retrouvera jamais, et…

Regina frappe des deux mains sur la table.

— SILENCE !

Le calme retombe sur la pièce et Gretchen reprend son souffle sous les regards médusés de Lou et Samson. Un sourire en coin refuse de quitter le visage de Malo. Il manque encore quelque chose, une preuve de l’interversion. Le mot initial n’était pas dans sa trousse. Une fois coincée dans cette pièce, elle a réussi à le faire disparaître. Mais quand ?

— Gretchen, tu as mangé le mot de Lou, c’est ça ? demande Regina.

— Dis, Gretchen, ça a bon goût l’encre pailletée ? demande Malo.

— Q-quoi ? Non, c’était des bonbons, et…

— Et le mot, n’est-ce pas ? J’ai vu les paillettes sur tes dents, quand tu criais. Il est l’heure d’avouer, le temps presse et nous n’avons pas le temps de tourner autour du pot.

— Je vous emmerde.

Elle se mure dans le silence, croise les bras et se met à sangloter silencieusement. Regina est possédée par Corpeaulice. Nous y sommes, le glas de la justice sonne triomphalement dans la classe et tout est réuni. Le mobile est évident, il ne reste que la preuve irréfutable.

— Gretchen, vide ton sac, ordonne Regina.

— Hein ?

Samson se lève, s’empare du sac et le renverse sur la table. Un autre stylo Cupicoeur tombe, orné d’étoiles brillantes et recouvert de paillettes.

— Que…

Regina se lève et pointe Gretchen du doigt.

— Silence, criminelle. Ta culpabilité est irréfutable, et ton crime impardonnable. Je te prononce bannie du club dessin, à tout jamais. Tu devras désormais déjeuner seule, et interdiction formelle de t’approcher de Lou ou Samson.

— Attends, je…

— SILENCE ! Maintenant, va-t’en. Disparais de notre vue, tu n’es plus la bienvenue parmi nous. Si tu t’en va et que tu respecte ton exil, je ne ferais pas de rapport au CPE.

— Tu vois, je t’avais dit que c’était une poukave, chuchote Samson à l’attention de Lou.

— Mais… commence Gretchen.

Samson lui lance un regard assassin qui la fait fondre en larmes, puis elle récupère ses affaires éparpillées sur le bureau et sors de la pièce en courant.

— Gret, attends ! dit Lou en se lançant à sa poursuite.

— Voilà super, merci pour ces conneries. Il y a intérêt pour vous à ce qu’il reste de quoi bouffer, au self, lâche Samson en sortant à son tour.

Malo range tranquillement son cahier dans son sac, le sourire aux lèvres. Le cœur de Regina continue de s’emballer alors qu’elle le regarde. Est-ce que c’est l’adrénaline ?

— Pas mal, la binoclarde. Il en a dans le ventre, Corpeaulice.

— La loi triomphera toujours.

— Et pourtant, elle n’aurait pas triomphé sans moi.

— Comment ça ?

— Je sais pas, il n’y a pas quelque chose qui cloche ? Non ? Rien ?

Pourtant, non, tout était bien là. Le mobile : la jalousie. La preuve : le stylo dans le sac. Ou… Non. La preuve de sa jalousie, c’est plutôt le faux mot. Mais alors, pourquoi avait-elle le stylo dans son sac ? Pourquoi voler le stylo de son amie ?

— C’est moi qui l’ai glissé dedans, si c’est ça que tu te demandes, dit Malo.

— PARDON ?!

— Je savais que Lou s’en rendrait compte, et après il suffisait de laisser les choses se faire pour que la vérité éclate au grand jour. Je pouvais pas laisser une si belle histoire d’amour se terminer comme ça, ou laisser cette criminelle s’en sortir indemne.

Tout s’effondre autour de Regina. Le jugement rendu était le mauvais, et le coupable du vol initial s’en est sorti indemne. Elle s’est trompée, manipulée par le vrai criminel qui l’a poussé vers une conclusion erronée.

— Mais… pourquoi ?

— Je n’avais pas vraiment le choix, tu sais. Quoi, tu penses vraiment que si j’avais dit devant tout le monde que Gretchen avait fait un truc bizarre avec le mot, Lou ou Samson m’auraient écouté ? T’as vu comment ils me parlent ?

— Alors, pourquoi faire quoi que ce soit ? Tu te fiche bien d’eux et de leur amourette, non ?

— La soif de justice, peut-être. C’est pas correct ce qu’a fait Gretchen, je sais pas ça me dérange et il fallait que je révèle ça au grand jour. C’est pas Corpeaulice qui aurait pu agir, parce qu’en soit elle n’a rien fait de vraiment illégal. Juste immoral. Un sale boulot pour Rusenard, comme d’hab.

— Tu ne t’en sortira pas comme ça. Je vais leur dire, aux autres. Tu n’es plus le bienvenu ici, Malo.

— Et qui te croira, Regina ? Il n’y a que toi et moi ici. C’est une preuve, ça, “Malo me l’a dit” ? La vérité n’a rien d’absolu, c’est juste les faits sur lesquels on tombe d’accord. Tout le monde a vu le stylo tomber du sac de Gretchen. C’est ça la vérité, maintenant. La coupable, c’est elle, tu l’as dit toi-même en prononçant ta sentence.

— Mais…

La loi est absolue. Elle est juste, elle est parfaite, elle ne se trompe pas. Alors pourquoi…

— Tu sais, Corpeaulice et Rusenard sont souvent décrits comme des antagonistes, mais des fois je me demande s’ils ne sont pas complémentaires. Sans mon intervention, Gretchen aurait réussi à semer le trouble dans la belle idylle de Lou et Samson. Alors dis merci, Regina.

— Jamais.

Malo hausse les épaules, ramasse ses affaires et sors de la salle en souriant.

— Tu sais Malo, c’est pour ça que t’es toujours tout seul, lance Regina alors qu’il est sur le pas de la porte. Ce n’est pas une façon de faire les choses. Tu es insupportable.

— La solitude, ça me va si c’est le prix à payer pour être droit dans mes bottes. Et je sais que tu me comprends, parce que c’est pareil pour toi. Tu dois te détendre un peu Regina. Je suis sûr qu’un jour, on sera potes tous les deux. On est les deux côtés d’une même pièce. En tout cas c’était sympa de faire ça avec toi, aujourd’hui.

— Tu as quand même menti à tout le monde, et fichu un sacré bazar, alors comment tu peux te considérer droit dans tes bottes ?

— Pas vu, pas pris, dit-il avec un sourire.