Semaine 21, c’est reparti après une courte pause publicitaire.
Les thèmes proposés cette semaine (pour rappel je les récupère ici):
- Thème 1 : Faust
- Thème 2 : Divine Comédie
- Thème 3 : 🌲 · 🗃 · 🐈 · 🦌
Contrainte : Sous forme de lettre
Les thèmes m’inspiraient peu (comment ça, je dis toujours la même chose ?!). Mais les emojis m’ont rappelé globalement plein de souvenirs avec le chien qui m’a accompagné pendant mon enfance. Je vous passe les violons et mon cheminement de pensée, je crois que j’ai aussi voulu continuer sur ma lancée autobiographique de la #26, et j’ai décidé de lui écrire une lettre.
Et tant pis si ça peut paraître stupide, parce que moi ça m’a fait du bien.
Musique d’ambiance : Petit Nuage - LÜNE
#27 - Ascot
Cher Ascot,
J’avoue ne pas trop savoir comment commencer cette lettre, ni même si elle a vraiment du sens. Ecrire à son animal de compagnie c’est probablement un bon moyen de finir dans une chambre capitonnée, mais bon, je ne t’ai jamais dit au revoir en bonne et due forme. Je ne me souviens pas de la toute dernière fois que je t’ai vu, mais je crois que c’est mieux ainsi parce qu’à la place d’adieux déchirants qui m’auraient anéanti, tu ne me reviens que dans une foule de souvenirs qui me rendent nostalgiques.
J’étais un gamin haut comme trois pommes quand on t’a adopté et que tu as rejoint notre belle famille. On avait promis, oh oui ne vous inquiétez pas, on s’occupera de ramasser les crottes dans le jardin et on le promènera. Je pense que je peux compter sur mes doigts le nombre de fois où j’ai respecté la première promesse. Pour les promenades j’ai fait mieux, surtout pendant les vacances au ski où tu tirais sur la laisse comme un forcené, surexcité à la vue de la neige qui recouvrait le sol. C’était toi qui me promenais et je devais tout donner pour ne pas glisser sur le sol verglacé. Et je riais. Tu as grandi tellement vite pour devenir ce gros chien, comme Papa t’appelait affectueusement, avec ta truffe toute carrée et tes poils qui doraient le long de ton dos. Parfois, il te disait d’aller voir tes frères, et Maman n’aimait pas du tout. Tu étais un chien, pas son fils, non mais oh !
Pour moi, tu étais plus que juste un chien. Un repère dans cette grande maison, facile à trouver parce que tu étais soit couché dans la cuisine, soit dans la buanderie sous cette étagère que tu avais choisie comme tanière même si tu rentrais à peine dessous. Quand je venais te chercher tu levais à peine la tête de ton tapis mais ta queue s’agitait d’elle-même, trahissant ta joie. Parfois tu venais chercher des caresses, d’autres tu restais allongé en me regardant et tu savais très bien que j’allais venir m’affaler sur toi pour te gratouiller. Quand tu avais bien rompiché, ton corps était bouillant et tu sentais un peu le pop-corn pour une raison qui m’échappe. J’ai gardé pendant des années le réflexe de te chercher du regard dans la cuisine quand j’y entrais, même si je savais au fond de moi que tu n’y étais plus. Je ne peux plus venir sécher mes larmes dans ta fourrure mais j’en ai moins besoin maintenant. Je vais mieux.
Je me demande toujours ce qui se passait dans ta tête quand tu venais me chercher dans ma chambre, alors que tu savais pertinemment que tu n’avais pas le droit de venir. J’entendais tes griffes sur le carrelage, tu te rapprochais et tu passais à peine ta tête dans l’encadrement de la porte en attendant que je te réponde, que je te fasse signe d’entrer et que je te pose un bisou sur le front. Et tant pis si Maman l’a interdit. Ta queue s’agitait aussi, battant contre le mur dans un vacarme que tu ignorais, et quand je te laissais entrer c’était tout ton arrière-train qui était secoué par ton engouement. Est-ce que tu te sentais seul et que tu cherchais de la compagnie ? Parfois, j’aime croire que dans tes songes tu avais pensé à moi et que tu avais décidé d’arrêter ta sieste pour venir me chercher, simplement parce que tu voulais être en ma compagnie. Maintenant que je suis grand, je crois que c’est ça la vraie définition de l’amour, c’est apprécier de passer du temps avec la personne qu’on aime, savourer sa présence sans avoir besoin de plus.
On parle toujours de toi, tu sais. Régulièrement, quand on se retrouve tous les cinq, tu deviens le sujet de discussion à table et on se remémore ensemble tous les souvenirs que tu nous as laissé. Beaucoup trop pour les lister ici mais ils n’en restent pas moins d’une préciosité inestimable, et je sais au fond de moi qu’il en va de même pour le reste de la famille dont tu faisais partie. Alors merci de m’avoir accompagné sur ce tronçon de ma vie, merci d’avoir laissé une empreinte en forme de patoune sur mon cœur, et de l’avoir remplie de tellement de bonheur qu’elle ne me donne pas cette sensation de vide terrible. Merci d’avoir été là quand j’avais besoin de pleurer, ou de jouer, ou de t’utiliser comme un oreiller tout doux.
Je n’attends pas de réponse de ta part, je ne suis pas fou à ce point, mais le silence m’ira bien, comme quand tu étais allongé à côté de moi. Ta présence me suffit, et tu seras toujours dans mon cœur.
Je t’emmènerai partout où j’irai.